Article : L'arnaque à la "dernière page"

Avez-vous déjà reçu une demande pour traduire juste une apostille ? Vous allez voir ce que cela peut cacher.

Si vous recevez une demande pour traduire uniquement une apostille, il peut s'agir d'un cas normal, mais il faut prendre quelques sécurités.

On peut imaginer le cas d'un document qui a déjà été traduit, officiellement et correctement par un expert, sans apostille sur l'original. Puis une autre administration demande une traduction du même document avec apostille de l'original.

Le client fait apostiller son original et se dit alors : "à quoi bon refaire tout traduire. Rien n'oblige à ce que le recto et le verso soient traduits par le même expert. Je refais juste traduire l'apostille que je viens d'obtenir...". Et que, ne trouvant plus son premier expert, il s'adresse à un autre... Tout cela semble un peu tiré par les cheveux, mais pourrait exister.

Mais le plus probable n'est pas cela du tout, et c'est là que la situation devient très grave. Profitant de l'imprécision des normes de l'administration en matière de traduction assermentée, des agences se livrent au jeu suivant :

- Un client veut faire traduire en assermenté un document de plusieurs pages. L'agence sous-traite la traduction du document à un traducteur non assermenté (qui va donc fournir une traduction sans en-tête, sans tampon ni signature), et parfois fort distant (voir notre article sur le prêt de tampon).

- L'agence commerciale sous-traite par ailleurs uniquement la traduction de l'apostille à un expert, le plus souvent en se faisant passer pour un particulier, pour ne pas attirer l'attention. Puis elle réunit les deux traductions, et donne ainsi l'illusion qu'il s'agit globalement d'une traduction assermentée, tout en ayant sensiblement augmenté sa marge.

L'expert semble endosser légalement la responsabilité de la traduction du corps du document, alors qu'il en ignore tout !

Hélas, aucun texte officiel ne précise si un expert doit tamponner-signer-numéroter chaque page, ou uniquement la première, ou uniquement la dernière. Ces faussaires exploitent cette faille. Cette technique leur permet d'arriver au même résultat que le "prêt de tampon", sans avoir besoin de trouver un expert complaisant.

En conséquence :

1 - Nous demandons à la magistrature de dire officiellement que l'assermentation doit être apposée sur chaque page (1).

2 - Nous recommandons à tous les experts de procéder ainsi sans attendre.

3 - Nous recommandons à tous les experts de se méfier de toute demande de traduction d'apostille seule (ou de toute demande de traduction de ce qui semble être une première, ou dernière page, anormalement isolée), et de les refuser sauf cas très exceptionnel.

4 - Enfin et pour plus de sécurité, nous recommandons à la magistrature de dire officiellement qu'un document ne doit pas être traduit en petits morceaux par plusieurs experts, sauf si il est réellement rédigé en différentes langues selon les passages.

 

 

Articles connexes :

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- Comment traiter les documents multilingues ?

 

(1) : Pour les gros dossiers, il nous semble excessif et inutile de demander aux experts de tamponner, signer, numéroter et "ne variaturiser" chaque page de la traduction et de l'original. Cela peut être réservé à la dernière page, en précisant le nombre de pages concernées par l'assermentation, sur les autres pages le seul tampon peut suffire.


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